Rassemblement national : brevet de normalisation Ebra ?
LES CONSIGNES AUX TITRES : En réunion pré-électorale le 30 juin, le rédacteur en chef des journaux Est
Républicain, Vosges Matin et Républicain Lorrain du groupe Ebra, nommé il y a peu « coordinateur des
rédactions du groupe Ebra », a expliqué que les électeurs du RN étaient aussi nos lecteurs. Il a appelé à une
neutralité absolue, tout en renvoyant dos à dos « les extrêmes ». Une terminologie plutôt en vigueur dans le
groupe Bolloré. Le Conseil d’État lui-même a validé l’appartenance du RN à l’extrême droite, et rappelé que LFI
n’était pas d’extrême gauche. Dans la foulée, le « rédchef des rédchef Ebra » a livré un édito particulièrement
complaisant envers l’extrême droite, lui accordant un brevet de normalisation. Ce n’est pas une première : lors
du CSE Est Républicain/Vosges Matin de juin, le même a asséné : « Par respect pour nos lecteurs, nous n’avons
aucun intérêt à stigmatiser un parti plutôt qu’un autre. » Et déjà en décembre 2023, la Direction du RL a choisi
de ne pas d’agir en justice contre le détournement de la Une par Laurent Jacobelli, ce qu’avaient dénoncé le
SNJ et le SNJ-CGT.
LA POSITION AU SOMMET : Seulement voilà. Notre actionnaire, le Crédit Mutuel, est membre du Mouvement
Impact France, une des rares organisations d’entreprises à avoir exprimé son opinion sur l’extrême droite. En
avril 2022 , elle écrivait que « le programme du Rassemblement national est aussi une négation pure et simple
des valeurs qui guident nos actions. » Le 12 juin dernier : « Une victoire de l’extrême droite signifierait le déclin
économique de la France (…) Nous considérons qu’un gouvernement d’extrême droite fragilisera notre
économie (…) et affaiblira profondément notre Nation. »
NOTRE HISTOIRE : Les titres Ebra ont une histoire, un héritage et des valeurs, dont le Crédit Mutuel peut
s’enorgueillir. En juin 1940, Victor Demange a préféré saborder Le Républicain Lorrain plutôt que de le laisser
aux mains des nazis. Louis Thenard a fait de même avec le Bien public.
Donner la parole aux électeurs et candidats d’extrême droite ne dispense pas de notre devoir de dénoncer les
accointances et ambiguïtés du parti d’extrême droite. En 2002, L’Est républicain titrait « séisme » après l’arrivée
de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, et éditorialisait sur « un pacte républicain
moralement nécessaire ». Les rédactions de nos titres ont toujours eu pour boussole journalistique la
déontologie et le contradictoire, piliers de l’information et vrais marqueurs de l’indépendance.
LA RESISTANCE : Aujourd’hui, rien que nommer le danger est un acte de courage. Or, au lendemain des
européennes qui confirmaient déjà que l’extrême droite, ennemie de la liberté d’informer, était aux portes du
pouvoir, des journalistes du groupe qui s’inquiétaient ont simplement appris qu’une réflexion était entamée au
niveau Ebra. Les élus SNJ du Républicain Lorrain, de L’Est Républicain et des Dernières nouvelles d’Alsace, SNJCGT du RL, des DNA et d’Est Bourgogne Médias, espèrent que cette réflexion n’a pas abouti à ces consignes du
nouveau coordinateur d’ignorer la menace, histoire de ne « pas se fâcher avec le chaland », comme le relaie à
sa façon un manager du groupe de presse dès lundi 1er juillet… CE NE SERAIT PAS ACCEPTABLE.
Les élus et mandatés appellent les journalistes à continuer de travailler comme ils l’ont toujours fait : avec
objectivité, indépendance, dans le respect de la charte de déontologie de la profession. Afin de continuer à
écrire l’Histoire de nos territoires du mieux que nous pouvons, contre la désinformation et les pressions.

