Souffrez-vous de Risques psycho-sociaux (RPS) ?

RPS (1)

Les risques psycho-sociaux des journalistes

 

La section SNJ-CGT du Républicain Lorrain a été saisie à plusieurs reprises, depuis sa création à l’automne 2021, de cas de confrères et consoeurs soumis à des risques professionnels qui se sont avérés être des RPS, risques psycho-sociaux. Et il en ressort, pour la section, que les RPS des journalistes sont sous-estimés.

De manière générale, on peut classer les RPS en trois catégories : les violences venant de l’extérieur de l’entreprise ; les violences venant de l’intérieur de l’entreprise ; le stress induit par la nature du travail et les conditions d’exercice. Tout ce qui impacte négativement et gravement la vie professionnelle, jusqu’à la vie personnelle, du journaliste doit être interrogé.

 

> Les RPS « stress au travail »

On peut ranger dans cette catégorie, pour ce qui concerne particulièrement notre profession, les consignes peu claires, la surcharge de tâches, les contraintes de rythme de travail, les délais, les faibles marges de manoeuvre dans l’exercice de notre travail. Le manque de communication orale aussi, les post-its, changeants, les feuilles de route modifiées sans prévenir, les ordres et contrordes, les injonctions de push web, d’envoi de photos, de créations de galeries. Ainsi que l’utilisation de matériel peu adapté, l’absence de maintenance disponible en cas de problème informatique, l’utilisation de What’s app, l’impossibilité de déconnecter réellement sur son repos hebdomadaire.

Il y a aussi, dans cette catégorie, tout ce qui concerne les difficultés à entrer en contact avec ses interlocuteurs (qui s’accroissent notamment pour les fait-diversiers et chroniqueurs judiciaires) et le fait de devoir masquer ses émotions devant ses interlocuteurs (dans le cas de sujets difficiles, par exemple). Constituent des RPS : l’absence de sens du travail et le changement de qualification et de tâche, l’impression de faire un travail inutile, ou au contraire, de se voir confier une tâche irréalisable, les conflits de valeur (qu’est-ce qu’un travail bien fait pour le journaliste/qu’est-ce qu’un travail bien fait pour la Direction ?). Vu l’évolution de notre métier et les craintes nées de l’utilisation de l’Intelligence artificielle au sein du pôle ERV, on peut dire que les journalistes du Républicain Lorrain sont particulièrement soumis aux RPS, actuellement.

 

> Les violences venant de l’intérieur

Elles peuvent émaner des managers directs ou plus haut dans la hiérarchie, mais aussi des collègues de son service ou de son agence. Elles peuvent s’exercer directement ou par messageries interposées, ou tout simplement par la mise à l’écart du salarié. Elles peuvent être liées à son sexe, son âge, son handicap, sa maladie, sa race, son orientation sexuelle, ou des différences bien plus subtiles…
Ces violences ne sont pas obligatoirement appelées à être qualifiées de discriminations, mais peuvent induire un mal-être, un danger, pour la santé du journaliste qui les subit. C’est ce qui définit le RPS et qui DOIT amener le journaliste à signaler les faits. Ce RPS peut n’être lié qu’à une mauvaise relation avec un seule personne.

Un manque de reconnaissance du travail, un dénigrement répété, mais aussi un contrat précaire, le retard de versement des piges, la difficulté à se faire rembourser des frais, sont des violences venant de l’intérieur, qui participent à une situation pouvant basculer pour tous les journalistes du Républicain Lorrain.

Pour le SNJ-CGT du Républicain Lorrain, la volonté de la Direction de restreindre la possibilité de travailler le dimanche est générateur d’un risque psycho-social fort pour les salariés qui comptaient sur ce complément de revenus depuis des années pour assurer leur quotidien. De même que les menaces sur le remboursement des frais kilométriques. Cela crée de l’insécurité.

Evidemment, les menaces de mutation, de sanction, de convocation, exercées sur le lieu de travail ou par mail/messagerie, les pressions et surveillances, le manque d’autonomie, sont également des violences venant de l’intérieur, dont sont victimes certains de nos confrères et consoeurs. Le CSE du mois d’octobre, lors duquel le Directeur général appelle à plusieurs reprises ceux qui ne sont pas d’accord avec l’orientation donnée au pôle ERV, à le quitter, fait aussi figure pour la section de violence interne.

 

> Les violences venant de l’extérieur

          Les journalistes les connaissent mieux en général et savent agir contre elles, en alertant leur hiérarchie. Toutefois, dans une entreprise de presse où la hiérarchie mettrait en défaut sa Rédaction, cela pourrait avoir de graves conséquences. Dans notre profession, ces violences peuvent survenir sur le terrain, elles peuvent être physiques, ou verbales. Elles peuvent résider dans des menaces, de l’intimidation. Parfois, le terrain est identifié comme un lieu dangereux, où il faut toutefois se rendre pour faire notre métier. Mais parfois, le terrain ne s’avère générateur de violences qu’une fois sur place. Le journaliste sait qu’il peut y être confronté à tout moment.

Quand il peut anticiper, le soutien de la Rédaction en chef, et notamment la généralisation du photographe pour accompagner le fait-diversier/permanencier de nuit, l’octroi de matériel de protection pour suivre les manifestations à risque, seraient des solutions.

Toutefois, force est de constater qu’au Républicain Lorrain, ne sont à l’ordre du jour, ni soutien de la Rédaction en chef – qui préfère que les salariés n’aillent pas sur le terrain plutôt que de leur donner les moyens d’y aller -, ni les effectifs permettant d’être toujours deux minimum sur les terrains dangereux.

Les violences s’exercent aussi après parution des articles, par les mails ou appels transmis aux journalistes et émanant de personnes se plaignant du traitement de leurs articles. Ce sont également des RPS. Et quand ces violences externes sont relayées à l’intérieur de l’entreprise, aux SR par exemple, ceux-ci deviennent à leur tour soumis à des RPS. Mais cette fois venant de l’intérieur, car relayés par la hiérarchie, ET de l’extérieur, car venant d’un « usager » mécontent.

Il est impossible de lister tous les cas ! La section SNJ-CGT se borne ici à rappeler ceux dont elle a eu des échos et à les croiser avec les ressources juridiques disponibles en masse sur internet, avec validation d’un juriste spécialisé en Droit du travail. Afin qu’aucun journaliste du RL ne doute du risque auquel il est soumis.

 

> Quelles conséquences pour les journalistes face à ces RPS, s’ils ne sont pas traités ?

Le stress récurent peut entraîner des troubles de santé mentale (anxiété, dépression, burn-out), des maladies cardio-vasculaires ou des troubles musculo-squelettiques (douleurs articulaires, dorsales, cervicales, par exemple).

Les violences venant de l’intérieur peuvent entraîner une impossibilité de venir travailler dans les locaux de l’entreprise, une angoisse, le tout pouvant conduire à des arrêts maladie qui se répéteront si le problème n’est pas entendu et réglé. Les arrêts maladie créant eux-mêmes une situation de sous-effectif ou de changement de planning impromptu pour les collègues, générateurs, là encore de RPS, c’est un cercle vicieux que l’employeur doit absolument empêcher de survenir, conformément à l’obligation légale qui lui incombe (lire plus bas).

Les violences venant de l’extérieur peuvent avoir des conséquences physiques importantes, en cas d’agression subie sur le terrain évidemment, comme ce fut le cas pour un photographe en décembre 2022, mais aussi plus insidieuses, notamment en cas de poursuites judiciaires à la suite d’un article. Perte de confiance en soi, remise en question de la qualité de son travail, peuvent conduire à une réelle souffrance si la hiérarchie n’est pas au côté du journaliste mis en cause.

 

> Que faire alors ?

L’article L. 4121-1 du Code du travail délivre une obligation générale de sécurité à lemployeur. Il lui revient d’évaluer les risques, y compris psycho-sociaux, et de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. Ce n’est pas à notre médecin de nous prémunir des RPS en nous délivrant un arrêt de travail, même si c’est évidemment indispensable quand la Direction ne prend pas les mesures qui relèvent pourtant de cette obligation générale.

La section SNJ-CGT le répète : écouter les syndicats, les alertes, les élus du CSE serait déjà une première étape pour la Direction… dont chacun des journalistes, surtout ceux qui ont fait part de leur situation ces derniers mois, peut apprécier le degré de réalisation. Parmi eux, certains ont été remerciés de leur alerte RPS par un non-renouvellement de contrat, par exemple. Toutefois, la section SNJ-CGT préfère un journaliste qui tire la sonnette d’alarme, n’est pas entendu et trouve mieux ailleurs, qu’un salarié qui dépérit dans son entreprise au point de mettre sa santé, voire sa vie en danger. Il faut donc TOUJOURS ALERTER et ne pas rester seul face aux violences ou au stress.

On alerte sa hiérarchie d’abord, les syndicats élus ou non, l’assistante sociale selon les cas (Khedidja Bouhenna, tél. 03 87 34 18 27, mail. kbouhenna@mde57.fr). Si l’on n’est pas victime soi-même, on peut aussi prévenir la hiérarchie ou les représentants du personnel d’une situation qui nous semble à risque.

Si le risque pour la santé mentale ou physique du ou des journaliste(s) semble grave, il faut sans tarder lancer la procédure d’alerte auprès de la CSSCT (Commission santé, sécurité et conditions de travail, qui fait partie du CSE). Cette commission devra faire remonter les RPS décelés au CSE (Comité social et économique) auquel elles est rattachée, afin que des solutions soient trouvées.

Si cela ne suffit pas, que le journaliste se trouve toujours confronté à des RPS après que la CSSCT et le CSE en ont été informés en bonne et due forme, par des réunions, des débats, des courriers (il n’y a plus d’obligation de méthode depuis que la CSSCT n’est devenue qu’une commission – en janvier 2020 – et non plus un organe à part entière), il faut confronter la Direction à son obligation légale.
Trois possibilités, chacune n’empêchant pas l’autre.


– Le Duerp :

Ce Document unique d’évaluation des risques professionnels est obligatoire dans toute entreprise. Il doit faire l’inventaire des risques, et, en matière de RPS, lister les situations de travail dans lesquelles les risques surviennent, identifier leurs causes et leurs conséquences. Le Duerp doit être mis à jour une fois par an (cela n’a pas encore été fait en 2023 au RL, le SNJ-CGT n’ayant même pas pu consulter la dernière mise à jour), sous peine d’une amende de 7 500 à 15 000 €. Et si le Duerp n’est pas mis à disposition des élus du CSE, il y a délit d’entrave, pouvant entraîner une peine d’un an d’emprisonnement. En outre, si un accident du travail ou une maladie professionnelle se déclare sur la base d’un risque non mentionné dans le Duerp, le fait qu’il ait été incomplet et non mis à jour peut permettre de retenir la responsabilité de l’employeur. Donc ce document est essentiel.

Lorsque survient une information supplémentaire concernant un risque dans une unité de travail, ou lorsqu’une nouvelle organisation est mise en place (par exemple, le pôle fait divers ou le pôle SR, qui, tous deux, ne figurent pas dans le Duerp à ce jour, alors qu’ils ont été créés il y a plus d’un an), l’employeur est dans l’obligation d’actualiser le document. Au Républicain Lorrain, où des salariés ont fait connaître différents RPS ces derniers mois, les syndicats doivent faire remonter les cas et veiller à ce que l’employeur réponde à cette obligation.

– L’Inspection du travail (DDETS) :

C’est la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités Moselle (ddets-directeur@moselle.gouv.fr ou ddets-renseignement@moselle.gouv.fr). Les journalistes peuvent alerter sur la non-prise en compte de leurs RPS par ce biais. De même, contacter la Médecine du travail pour un rendez-vous (Agestra, tél. 03 87 63 02 22) et évoquer les RPS auxquels vous êtes soumis lors de la visite à laquelle vous serez convoqué peut déclencher la venue de l’Inspecteur du travail.

– L’action en justice :

Les dispositions du Code pénal visant la répression des atteintes à l’intégrité, aux droits et à la dignité des personnes, peuvent être citées. Le journaliste qui subit ces atteintes peut réunir toutes preuves, captures d’écran, mails, témoignages et tenir un journal des faits subis pour faire valoir son droit à la protection contre les RPS et le non-respect de son obligation légale par son employeur.

La section SNJ-CGT du Républicain Lorrain appelle de ses voeux la consultation et l’écoute des représentants du personnel avant toute décision impactant la vie professionnelle pouvant générer des RPS, et donc influer négativement sur la vie personnelle des journalistes. Aucun professionnel ne doit souffrir chez lui ou dans son corps d’une situation vécue au travail. Elle doit être réglée au travail, par son employeur.

NB : six axes sont ressortis des études de la Dares (recherche et études statistiques) pour caractériser les RPS. A savoir: intensité et temps de travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie, rapports sociaux au travail dégradés, conflits de valeurs et insécurité de la situation de travail. Ils sont ici regroupés pour davantage correspondre au cas particulier des journalistes.

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